Quand ça fuse un peu trop vite…

Ecrire une phrase, l’effacer, recommencer. C’est comme ça que l’écriture de cet article a commencé.

Je ne sais pas comment commencer cette rédaction. J’ai peur d’être un peu trop bille en tête ou alors de trop tourner autour du pot et de finir par être lassante. Ces hypothèses, elles passent par centaines dans ma tête en une journée et c’est parfois exténuant.

Mon cerveau fonctionne vite et c’est une chance même si j’ai encore du mal à m’en rendre compte. Cela va faire presque quatorze ans que j’ai été dépistée enfant précoce. Avant on appelait ça enfant surdoué, aujourd’hui on appelle ça enfant à haut potentiel intellectuel ou petit zèbre (je trouve ça chou, je te l’avoue).

Petite, je trouvais que c’était une différence malgré le fait que ma mère ne cesse de répéter que ce n’était qu’une particularité. Je me trouvais différente car je savais lire avant tout le monde et que ça m’intéressait vachement contrairement à mes camarades. Je me trouvais différente car mon cerveau faisait des raccourcis pour certaines choses comme l’apprentissage des leçons, la capacité à trouver tout intéressant mais parfois, il n’arrivait pas à faire les bonnes connexions car il fonctionnait trop vite. En sport, si j’étais à un but, mon cerveau captait que le ballon arrivait et que je devais l’arrêter mais n’allais pas assez vite pour dire à mes bras et/ou à mes jambes de bouger à temps pour le stopper.

En grandissant, ce cerveau ultra fonctionnel est devenu un poids car tout s’enchaîne très vite, trop vite. A cette vitesse, c’est bien plus souvent les hypothèses négatives qui prennent le dessus, comme un engrenage de « et si… ». Bien souvent, les « et si » qui me traversent l’esprit sont « et si ça ne fonctionne pas », « et si je n’y arrivais pas », « et si je ne pouvais pas », « et si je ne comprenais pas ». J’ai toujours fonctionné au challenge. Au début, ceux que ma mère me mettait, rien de bien méchant, puis j’ai fini par me mettre mes propres challenges et une pression d’enfer. Le bac ce sera avec mention très bien ou rien. Il est hors de question de rater le permis et devoir le repasser. Cela peut paraître bête mais c’est une spirale qui me fait avancer et parfois m’effondrer en larmes. J’ai toujours tout réussi du premier coup et puis il y a eu cette année. Une année bien particulière car je n’ai pas pu aller en cours la majeure partie du temps. La conclusion a été que l’année était foirée mais avec des matières de validées. Sauf que mon cerveau n’encaisse pas, je n’encaisse pas et m’enfonce dans des « et si cette année c’était pareil », « et si cette année, je me foirais un peu plus », « et si le droit ce n’était pas pour moi vu que je n’ait pas été foutue de valider mon année ».

Avoir un haut potentiel intellectuel, ce n’est pas toujours un cadeau. Surtout quand le système scolaire ne veut pas le reconnaitre et le comprendre. Mon cerveau fait des raccourcis qui ne plaisent pas au système car ça va un poil trop vite pour lui. Il y a des enseignants supers qui comprennent, s’adaptent et puis il y a ceux pour qui on doit forcément rentrer dans le moule et peu importe que cela contraigne la personne.

J’ai réussi à m’épanouir follement à partir de la première car ma filière, littéraire, était tout ce que je cherchais. Il y avait de quoi satisfaire ma curiosité intellectuelle un peu plus chaque jour et c’est ce que je retrouve dans le droit. Il y a toujours de nouvelles choses à apprendre, de nouvelles découvertes. Et c’est tout ce que je recherche.

Il y a des jours plus simples que d’autres, des jours où mon système de fonctionnement ne posera aucun problème et d’autres où cela sera plus compliqué car je ne rentrerais pas dans le moule. Le système de la fac, la méthodologie que l’on nous apprends n’est pas faite pour moi. J’ai besoin de plus de liberté dans les travaux que je rédige alors je tente de nouvelles méthodes d’apprentissage pour réussir un peu mieux. J’ai tenté les fiches, apprendre mon cours tel quel mais cela ne fonctionne pas car il faut un esprit de synthèse. Ce que je ne suis pas car pour moi tout est important, tout à une signification même la moindre virgule.

Ma particularité a attiré les jalousies et les railleries, ce que je peux comprendre. C’est usant d’avoir une Hermione Granger à côté d’elle en cours et quand on a le malheur de se planter une fois, les foudres des camarades s’abattent sur vous. C’était parfois dur et lourd à porter. Il y a des petits zèbres qui décident parfois de stopper toute activité intellectuelle, de ne plus faire d’effort, de ne plus exploiter ce cadeau pour éviter tout cela.

Alors oui, ce n’est pas toujours simple d’être à haut potentiel mais ça a au moins tout autant d’avantages que d’inconvénients !

Je t’embrasse !

Prend soin de toi,

Poulette

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

photo de couverture par Shopify Partners sur Burst

Petit corps, je t’aime gros comme ça mais parfois, je te hais !

Il n’y a pas très longtemps, j’ai regardé cette vidéo sur Youtube de Marion Seclin et ça a été le déclic. Pourquoi au final je n’aime pas mon corps plus que ça ? Cette question a trotté un bout de temps de ma tête et j’ai décidé de coucher ces quelques mots non pas sur le papier mais tu auras compris l’idée.

Parfois, j’ai la nette impression que la pression sociale pèse de tout son poids sur moi. Pourquoi moi, j’aurais le droit de me plaindre ? Je suis grande, maigre (car mince serait un euphémisme), j’ai une peau dans un état correct. Alors, pourquoi je devrais me plaindre ?

J’ai tout autant le droit d’être complexée qu’une autre personne par ma petite poitrine, mon acné sur mon décolleté, mes vergetures et j’en passe.

Pourtant, mon corps ne se résume pas qu’à ces complexes dignes d’un magazine féminin. Mon corps, c’est aussi mon sourire que j’essaie d’arborer le plus souvent possible. C’est un cerveau qui fonctionne parfois un poil trop vite à mon goût. C’est un cœur qui bat et des poumons qui me font vivre.

Mon corps, c’est presque un champ de bataille après ces mois de maladie mais il a tenu bon ! Mon corps, c’est mon héros du quotidien. Mon visage me sert de toile vierge quand je le maquille. Mes mains sont les ouvrières qui pâtissent, cousent. Ma voix, c’est mon réconfort les jours gris.

Si tu n’as jamais vu de photos de moi sur le blog, je crois que c’est parce que je préférais m’enfermer dans une vision de moi-même qui n’est pas la réalité. Alors je vais faire des efforts et peut-être te proposer des looks mode ou makeup.

Alors, petit corps, parfois je te hais car tu n’es pas exactement comme je le voudrai mais tu me fais rire, sourire, chanter et vivre. Et je crois que c’est ça le principal.

Et toi, c’est quoi ton rapport au corps ?

N’oublies pas que tu es merveilleuse !!

Poulette

 

 

 

La photo de couverture est de Verne Ho trouvée sur Burst

 

A ces onze ans de calvaire…

Salut toi !

Aujourd’hui, je suis heureuse de pouvoir te dire que je vais mieux. Je vais mieux car j’ai eu des médecins qui ont eu le courage de se battre pour moi et de m’entendre.

Pourtant, j’ai été malade pendant onze ans sans que l’on ne me croie car mes résultats étaient toujours rangés dans la catégorie « il n’y a pas de quoi s’inquiéter mademoiselle, ça va passer ».

Alors aujourd’hui, j’ai envie d’ouvrir la porte qui est restée trop longtemps fermée pour moi et qui j’espère, pourra peut-être aider quelqu’un avec les mêmes symptômes que moi.

Je ne vais pas tourner autour du pot cent cinq ans, j’ai eu une appendicite chronique. Ça parrait si simple, écrit comme ça. Deux mots, vingt lettres.  Mon chirurgien n’a pas voulu me croire au début, prétextant que ça n’existait pas. Pourtant, c’est bien ce que j’avais. J’hésite à caser un petit « je vous l’avais dit » lors du rendez-vous post-op !

L’appendicite chronique, c’est un peu controversé en médecine. Certains pensent qu’elle existe d’autres non. Je pense que dans mon cas, c’est tout à fait approprié car je traine cette cochonnerie depuis mes huit ans (j’en ai dix-neuf aujourd’hui). Le truc, c’est que depuis petite, je n’ai jamais rien fait dans la norme. Franchement, pourquoi cela aurait été différent pour ça ?

Presque chaque année, j’ai eu droit à un petit voyage aux urgences – envoyée chaque fois par un médecin – avec tout mon paquet d’exam médicaux sous le bras. La réponse ? Non mademoiselle, c’est parce que vous n’êtes pas encore réglée (ça n’a rien arrangé), c’est des problèmes de transit, c’est le stress, c’est une colopathie fonctionnelle (maladie que je ne nie pas avoir mais elle a faussé le diagnostic), c’est dans votre tête puisque les examens reviennent tous négatifs.

En onze ans, je dois avoir une dizaine d’échographies abdominales et pelviennes assorties d’une analyse sanguine à chaque fois. Toutes étaient négatives ou peu significatives.

Sauf que tous les ans, il y avait une crise plus ou moins douloureuse avec une douleur dans la fosse iliaque droite comme un poignard enfoncé, des nausées, des troubles du transit (en 2015, attention c’est loin d’être glamour, j’ai passé trois mois à me vider une dizaine de fois par jour avec cette douleur mais on m’a diagnostiqué la colopathie) et de la fièvre mais pas assez forte (un petit 38°, au pire un 38,3°) pour avoir de l’importance pour les médecins. J’ai réellement eu la chance de ne pas faire une péritonite (sorte d’explosion de l’appendice qui peut finir en septicémie).

En janvier, les premiers signes sont revenus mais j’ai cru que c’était gynécologue car j’avais changé de type de pilule. On m’a d’abord parlé d’endométriose puis non. J’ai eu un gynécologue adorable et très humain mais il ne voulait pas prendre le risque d’une opération pour ne rien trouver. Je peux le comprendre. Je suis allée voir une gastroentérologue d’une antipathie folle. Elle a quand même daigner me faire passer un IRM (négatif) et une coloscopie. Dans le bloc, je l’ai entendu dire à l’infirmière : « ils sont pas possibles ces patients qui ont des douleurs comme ça, tout le temps » et l’infirmière a été tout aussi choquée que moi même si je pense qu’elle ne sait pas que je l’ai entendue. Je suis également allée voir un chirurgien viscéral dans l’espoir qu’il valide la théorie de l’appendicite que j’avais avancé à mon médecin traitant. Il n’était pas pour mais ne l’excluait pas. Il pensait que c’était neurologique, que le nerf de la partie abdominale était coincé ou enflammé. J’ai donc eu droit à une piqure d’anesthésique dans cette région avant que la coloscopie ne commence. Le résultat fut nul et je me suis faite engueuler en salle de réveil par la gastroentérologue car je pleurais car c’était encore un espoir qui s’effondrait. Le chirurgien a consenti à m’opérer et enlever l’appendice de principe et de regarder ce qui se passait dans mon ventre.

Au réveil, cela a été une révélation. Plus aucune douleur sauf celle des incisions. Quasiment aucun calmant médicamenteux de la journée. Des mouvements que je pouvais refaire. Je revivais ! Le chirurgien est passé me voir avant que je ne parte le soir en m’expliquant que tout était normal et qu’il avait quand même retiré l’appendice.

Deux semaines plus tard, l’analyse arrivait chez mon médecin avec écrit noir sur jaune (oui, ils utilisent du papier jaune, va savoir pourquoi ?) « appendicite aigüe catarrhale ». Ces trois mots m’ont pourris la vie toutes ces années car c’est une forme rare d’appendicite, juste une inflammation et non une infection biologique comme dans la norme. Donc aucune visibilité sur les analyses et les échos.

J’ai vraiment trouvé de super professionnels de santé sur Poitiers. Mon médecin traitant est juste géniale et mon chirurgien l’a été tout autant, capables de se remettre en question et d’écouter les patients. Sauf que j’ai passé la majeure partie de ma vie dans la région centre et surtout dans l’Indre qui est un réel désert médical avec des professionnels de santé à l’opposé totale.

Voilà, je crois que tout y est. C’est la deuxième fois que j’écris cette article car je trouvais la première édition peu complète car j’avais surtout écrit ma réaction à chaud. J’espère sincèrement que ça pourra aider quelqu’un. Avoir mal, ce n’est pas normal et si c’est ton cas alors bas-toi pour ce que tu crois être bon pour toi !

A lire pour plus d’info médicales, un article écrit par un médecin français exerçant désormais en Suisse

Prend soin de toi,

Poulette

Et j’ai crié, crié…

Salut toi !

Alors non, je n’ai pas crié Aline pour qu’elle revienne. En fait, crier, je n’ai même pas pu. J’aurais voulu crier toute ma douleur et l’exposer à la Terre entière. Alors j’ai pleuré, beaucoup et parfois pas assez. Pas assez car parfois, je voulais tout refouler pour croire que ça n’existait pas. Cet article, je te l’écris les larmes aux yeux.

Poulette, je l’avais conçu et perçu comme un exutoire. Sauf que où est passé cet exutoire… Je n’avais aucune force. J’étais une coquille vide et je le suis encore un peu. Sauf qu’aujourd’hui, j’ai décidé que cette personne morne et presque morte à l’intérieure n’avait aucune raison de prendre le pas sur la personne pétillante que j’étais avant.

Oui avant. Avant cette foutue deuxième semaine de janvier où tout a un peu basculé. Le début du parcours du combattant ou le début de mon chemin de croix. Tu n’as qu’à choisir l’image qui te parle le plus. Car dès le début de janvier, j’ai commencé à prendre un dérivé de morphine pour soulager la douleur. Enfin, la douleur, c’est gentil comme appellation. On va plutôt parler de ce pieu qui est planté dans mon aine droite quasiment H24. Alors oui, c’est lourd.

C’est tellement lourd que la douleur ça entraîne, la plupart du temps, une sorte de cercle vicieux lié à la dépression. La dépression, j’ai les deux pieds dedans mais ce n’est pas le plus important. Le plus dur à supporter, c’est l’attente. J’ai passé quatre mois à être baladée de médecins en médecins. J’ai cru en plein de choses pour finir par perdre espoir, toute once d’espoir, et ce à presque chaque rendez-vous médical.

J’ai un médecin traitant qui est super, cette femme est une perle qui fait tout pour m’aider et qui m’oriente vers de très bons professionnels et spécialistes. J’ai vu un gynécologue humain et compétent (allier les deux c’est souvent compliqué), une gastro-entérologue avec qui je n’ai pas accroché et un chirurgien viscéral qui ne m’a pas pris pour une folle quand je lui ai tout expliqué et qui m’a proposé tout un tas de trucs. J’ai vu un anesthésiste adorable qui a pris dans ses bras un petit bonhomme pleurant sa maman à pleins poumons pendant que j’attendais que l’on me perfuse pour ma coloscopie et qui a accepté de me faire une procédure qui n’est pas prévue dans ce genre d’examen pour faire un test sur ma douleur. Au réveil, il est venu me voir trois fois pour savoir si la procédure avait fonctionné ou peut-être plus mais comme j’étais dans les vapes je ne suis sûre de rien…

En quatre mois, j’ai appris plus sur moi qu’en dix-neuf ans d’existence. Je crois que je suis passée par tous les états. Du zombie trainant en jogging avec des cernes de quatre kilomètres de longs à la personne en salopette qui essaie de sourire à la vie tant bien que mal. En quatre mois, j’ai dû renoncer à tout un tas de choses. Ma scolarité que j’aimais tant, je l’ai stoppée. Au début, j’ai pris ça pour un échec car j’étais persuadée de pouvoir tout gérer de front sauf que non. La têtue que je suis a eu un peu de mal à l’accepter, il faut bien se l’avouer. Je préfère largement revenir en septembre en pleine forme plutôt que de m’imposer un rythme que je ne peux pas tenir car je n’ai pas de force. J’ai aussi renoncé à une vie sociale même si j’ai des amies géniales qui me soutiennent (la correctrice de cet article se reconnaitra), d’autres ont simplement mis les voiles. Taper cinq caractères (ça va ?) sur un clavier de téléphone doit être trop compliqué… En quatre mois, j’ai aussi renoncé à la petite autonomie que je prenais peu à peu et qui me faisait grandir (chose que je redoutais tellement). En quatre mois, je suis redevenue un bébé et je déteste ça. En quatre mois, je me suis perdue, j’ai changé. La maladie m’a changé parfois en bien, parfois en mal (mais ça ne fait pas de moi une horrible personne).

Mon médecin dit que je suis forte et aujourd’hui, je crois qu’elle n’a plus tort.

Le blog va reprendre un rythme de publication concret alors je te dis à la semaine prochaine pour un nouvel article !

Prend soin de toi !

Poulette